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Dimanche, 12 Septembre 2010 17:47

Expérience de Speed dating

Parce qu'on veut tous savoir comment ça se passe, mais qu'on n'ose jamais le faire

Tags: ahhh les femmes | célibat

L'idée d'aller faire du speed dating se promène dans mes pensées depuis un petit bout de temps. Je suis curieux de savoir comment ça se passe.

Tous les clichés du monde se bousculent dans ma tête: les gens qui font du speed dating sont des désespérés, un regroupement de torchons et de guenilles qui ne se sont pas trouvés, le bas de l'échelle des relations sociales, etc etc.

Malgré tout, je me dis que si ce genre de soirée existe, il doit bien s'y passer quelque chose qui en vaut la peine. Et comme j'ai toujours préféré valider mon opinion par mes expériences plutôt que celles des autres, j'ai décidé de m'inscrire. Et par le fait même, si jamais je rencontrais une fille qui en valait la peine, j'allais faire d'une pierre deux coups.

 

Pictogramme-famille

(euh... on peut tu apprendre à se connaître avant??)

L'inscription 


J'appelle. Ça ne commence pas bien:

«Ouais, allo»

«euh, c'est pour le speed dating»

«ouais, attends moi deux secondes»

...

1 minute passe... Bruit de fond: Le «tic tic» d'un clignotant d'une voiture qui sonne étrangement comme le clignotant d'une vieille Crown Victoria. Je comprends que le gars est dans son auto avec son cellulaire.

«Excuse moi, y'avait la police. De la façon que ça marche, tu rencontres 12 à 15 demoiselles (oui le gars emploie vraiment le terme «demoiselles») pis à la fin si y'a des matchs on vous donne les coordonnéesdes deux. Ça coûte 25$»

Il propose de venir livrer le billet chez moi. Bah, pourquoi pas rendu là? Trente minutes plus tard, ça sonne.

Un homme de grande taille, quelque part autour de la fin trentaine, costaud, début de perte de cheveux et armé d'une palette de papier se trouve de l'autre côté de la porte.

Le gars se présente et commence son charabia. Je comprends assez vite qu'il fait les trois même jokes à tous les gens à qui il vend des billets. Son gros punch line: «En tout cas, on espère qu'après la soirée de speed dating qu'on te reverra pu!». Meh.

Il prend le temps de me dire que j'allais être surpris du fait que les demoiselles qui vont au speed dating sont cutes, contrairement à ce qu'on peut penser.

Je paye, il part. Je pourrai valider si les demoiselles sont cutes dans 48 heures.

 

L'arrivée


La soirée commence à 19h. J'arrive pour 18h45. Tournant le coin de la rue du bar où se trouve la soirée, j'aperçois d'autres gars assis à l'extérieur attendant que les portes ouvrent.

«Analysons la compétition» me dis-je.

Je marche devant eux, je les regarde à la limite de les dévisager. Je vois des yeux apeurés, d'autres anxieux, d'autres prétentieux. Il y a de tout. En fait non. Il n'y a pas de tout. Il y a les gens que vous ne remarquez pas dans la rue. Ceux qui ne vous feront jamais tourner la tête. Il y a les gars qui travaillent dans des bureaux, réparent vos ordinateurs, vous vendent vos polices d'assurances: il y a les gens «normaux».

Je cherche les rejets de la société ; je n'en trouve pas. Je cherche l'autre extrême: les gars qui pensent avec leur testostérone. Au moment où je débute cette recherche, un douchebag arrive, pectoraux à l'appui. Ses yeux le trahissent: il voit les gens qui attendent le speed dating et comprend qu'il n'est pas dans un foam party au Beach Club de Pointe-Calumet ; qu'il n'y aura pas de pitounes impressionnables qu'il pourra se ramener parce qu'il porte un T-shirt mauve trop serré.

Les premières filles arrivent.

Première constatation : Le speed dating, c'est comme les toilettes. Tous les gars y vont seuls et ne se parlent pas, tandis que les filles viennent toutes en groupe et ont une tendance naturelle à parler de rien d'important.

 

L'Entrée

L'entrée


Les portes ouvrent.

On nous fait entrer en nous assignant un numéro de groupe et en nous dirigeant dans un endroit où on peut prendre un verre en attendant que tout le monde soit entré. Je suis dans le groupe 1.

Je me commande une pinte de Rickard's Dark en continuant de survoler du regard les gens qui entrent. Je vais m'asseoir à une table adjacente à celle occupée par une belle blonde et son amie laide. Je les écoute en me demandant comment je peux approcher la blonde. J'annule le plan ; je n'ai pas envie que la blonde essaie de me diriger vers son amie moins belle. Oui c'est comme ça que ça marche dans les bars. Quand il y a une belle fille avec une fille laide, la belle fille va toujours essayer de matcher la laide.

 

Solidarité masculine


Je me lève et vais m'accoter au bar. On est une dizaine de gars à ne pas se parler. Je me tanne. Je dis au gars à côté de moi:

«Écoute, comme on est une gang de gars pognés à ne pas se parler avant le speed dating, qu'est-ce que tu dirais qu'on aille jouer au baby foot en attendant que ça commence?»

Marc part à rire en déclinant l'offre du baby-foot. «J'sais pas jouer» qu'il dit. Ça m'importe peu. J'ai trouvé mon chum du moment, le gars avec qui j'ai une entente tacite qui consiste en une chose très simple: on se jase en attendant que ça commence pour ne pas avoir l'air seul et loser. Marc est dans le groupe 5.

En passant en revue nos raisons/justifications d'aller à une soirée speed dating, je me rends compte qu'un autre gars accoté au bar a la même chemise que moi. Fuck. Sur quarante gars, y'en a deux d'habiller pareil, pis y'en a un des deux là dedans qui est moi.

On nous annonce au micro que les demoiselles du groupe 1 doivent quitter pour la salle principale. Curieux, je les regarde défiler, car c'est avec ces filles que je serai jumelé... c'est un peu comme regarder les homards dans l'aquarium chez Red Lobster: Ça ouvre l'apétit.

Une belle grande brune retient mon attention. En fait, je la quitte des yeux seulement lorsqu'elle a quitté la pièce où je me trouve. J'ai hâte d'être assis devant elle. Même si elle n'avait rien d'intéressant à dire, elle aurait quelque chose d'intéressant à regarder.

La belle blonde que j'avais remarquée plus tôt se lève lorsqu'on appelle le groupe 5. J'exprime ma jalousie à Marc. Il sourit. Je ne sais pas si je l'ai mis mal à l'aise avec mon commentaire.

Les filles sont toutes sorties lorsqu'on appelle les gars du groupe 1. Je souhaite bonne soirée à Marc. Je ne le reverrai pas.

J'entre dans la salle principale.

 

Dans la gueule des lionnes

Dans la gueule des lionnes


Des dizaines de tables sont alignées. Du même côté de toutes les tables se trouvent deux filles. Semblerait qu'il y a eu un manque de table et qu'on doit mettre deux filles par table. On doit conséquemment mettre deux gars par table. Risque de compétition élevé.

En me dirigeant vers la place qu'on m'a assignée, j'ai l'étrange impression d'être à l'épicerie et d'avoir à choisir un produit que je mettrai dans mon panier. Je me demande y'a combien de filles qui sont là pour rencontrer quelqu'un, et combien sont là seulement pour se faire mettre.

Je me retrouve assis devant une grande européenne. Jolie. À ma gauche, un autre gars dont j'oublie le nom. Il est originaire de Ville-Marie au Témiscamingue. Devant Ville-Marie, la fille à qui je parlerai au prochain changement de place. Chétive, réservée et originaire de France. Deux européennes à ma table: une chance que j'aime l'accent.

Avant que le maître de cérémonie n'explique les règlements, Ville-Marie se lance tout de suite en discussion avec les deux filles. Merde, il est bon.

 

Les trois règles


Le maître de cérémonie explique alors que nous avons chacun une feuille sur laquelle on doit écrire le nom de la personne à qui on parle et cocher oui, non, ou peut-être. Tous ceux qui s'inter-cocheront «oui» auront accès aux coordonnées de l'autre. Trois règles doivent être suivies, question de sécurité:

1 - On ne mentionne que son prénom.

2 - On ne donne pas son numéro de téléphone ni son adresse.

3 - On ne dévoile pas l'endroit où on travaille.

Finalement, même si nous sommes quatre à la même table, on explique qu'on va parler seulement à la personne directement devant nous pendant 5 minutes. Je ne serai donc pas en compétition avec Ville-Marie.

Ça commence.

 

Showtime !


Sophie: En terme de contact dans un speed dating: c'est ma première et je suis son premier. Je crois que nous avions compris à la base que nous serions notre réchauffement mutuel dans cette soirée de speed dating. J'apprends qu'elle est au Québec depuis moins d'un an, qu'elle est gourmande et aime la tire sur la neige ainsi que les bagels. Sympathique et charmante. Je me demande si j'ai le goût de la revoir, et je me dis: «Si tu te demandes, c'est pas la bonne».

Julie: En fait, je pense qu'elle s'appelait Julie. Elle a adopté la tactique: «Je commence en dévoilant tous mes défauts». Ça peut être drôle si on fait l'étalage de faux défauts, mais dans son cas, c'était vrai. Elle se couche à 6h du matin 3 à 4 soirs semaine parce qu'elle fait le party. Merci pour ton honnêteté, mais j'ai pas envie d'une fille qui n'a pas fini son adolescence.

Marie: Ark. Cinq minutes, ça peut être long. La fille n'est pas méchante, mais Dieu qu'on n'a rien en commun et que je la trouve plate.

Diana: Une fille pleine d'énergie. Ça clique en partant. On jase de musique, on déconne. Un 5 minutes qui a paru beaucoup plus court en réalité. Je coche «oui».

Michelle: Drôle de rencontre. On commence en jasant de bière. Elle me dit qu'elle travaillait dans un bar auparavant. Je lui demande de me raconter une histoire par rapport à son ancienne vie. Elle m'explique qu'un gars trop saoul renvoyait de tous ses orifices dans un coin du bar. Oui oui, tous ses orifices, vous avez bien lu. Drôle. Mais comme dirais Passe-Partout «C'est pas c'que j'cherche»!

Claudine: Elle n'a pas compris un des trois règlements: Elle commence en me disant son nom au complet. Heureusement pour elle, je ne suis pas un stalker sur Facebook... car elle me dit en plus sa date de fête. Dernier truc qu'elle a fait sur un coup de tête: s'acheter une moto. On s'entend bien, mais j'ai quelque part l'impression que ça finirait par «j'taime bien, mais t'es un ami». Bah. Je coche oui quand même. On verra bien si mon impression est bonne.

Serena: Unilingue anglophone. Aussi intéressante qu'un documentaire les rites territoriaux des insectes nocturnes sud-africains en temps de sécheresse.

Ismaelle: Joviale et drôle. On jase de bingo. En fait, j'ai été au Bingo y'a quelques mois et j'ai gagné un gros montant d'argent. Je lui explique à quel point les habitués étaient frustrés que des p'tits nouveaux gagnent. Je coche «peut-être».

 

Le retour de Ville-Marie

Le Retour de Ville-Marie


Pause. Il manque de filles donc, je me retrouve devant un gars en attendant la prochaine fille. Surprise, c'est Ville-Marie. On jase. J'apprends qu'il arrive d'Angleterre, que ça fait 6 ans qu'il est célibataire et que les femmes en Angleterre ont un accent sexy mais un gros cul. Je suis déçu pour la largeur de leurs fesses et raye Londres de ma liste de villes à visiter.

 

Speed dating FAIL


Pendant que je jase avec Ville-Marie, je tends l'oreille à la table d'à côté:

- «T'es venue ce soir avec ton amie?», de dire le gars en pointant Ismaelle.

- «C'est quoi? Parce que les deux on est noires, on est amies?!», de répondre la fille.

Définitivement, y'en a qui l'ont pas.

 

De retour en piste


Maude: Maude, c'est comme une Snuggie. Elle est souvent devant la télé et est un symbole de cocooning. Bref, notre courte conversation s'achemine autour de séries télé. Correct, sans plus.

...

Autre meeting devant un gars. Lui, c'est un habitué du speed dating. Il dit qu'il en fait depuis le secondaire. Sa prof de FPS (formation personnelle et sociale) voulait leur montrer ce qu'était le speed dating alors elle en a fait faire dans le cours. Depuis ce temps, c'est un régulier.

Deuxième constatation: Le speed dating, c'est comme l'exéma: quand t'en fait souvent, tu t'en vantes pas.

...

Nathalie: En rétrospective, j'aurais peut-être dû cocher oui à Nathalie. On s'est bien entendu. Elle avait une belle drive. Ça doit être parce qu'avant de venir au speed dating, elle avait mangé un trio Big Mac et que j'essaye de faire attention à mon alimentation que je n'ai pas coché positivement. (On trouve des défaites où on peut).

Amber: J'ai un faible pour les accents. Et pour les visages purs et remplis de lumière. Et pour les filles avec qui je peux avoir une discussion intelligente. Conséquemment, j'ai un faible pour Amber. Je coche oui.

Geneviève: Je peux pas vraiment vous dire grand-chose à propos de Geneviève. On venait de commencer notre rencontre, qu'après à peine 2 minutes on a été interrompus. La soirée se terminait ainsi. Meilleure chance la prochaine fois.

La belle grande brune que j'avais remarquée avant d'entrer était la prochaine sur la liste des filles à qui j'allais parler. Merde. Bah. Tant pis.

Je remets ma feuille à l'organisateur avec le nom des filles que je désire revoir. Je vais à la salle de bain. Ville-Marie est là. Je lui demande comment sa soirée a été. Je me demande s'il a coché oui pour une seule fille.

Je quitte le bar. Je saurai sous peu si les filles que j'ai choisies m'ont choisi en retour.

Troisième constatation: Le speed dating, c'est comme les impôts. T'essayes d'arranger tes affaires pour que ça paraisse le mieux, tu sais ce que tu mets sur tes papiers, mais t'es pris pour attendre ce qu'ils vont décider de l'autre côté.

 

L'aftermath


J'arrive chez moi fatigué après deux heures de speed dating. Je me demande qui me rappellera. Je me demande si Marc et Ville-Marie seront appelés également. J'anticipe quelles filles seront tombées dans le panneau du douchebag.

Finalement, je suis frappé de ma quatrième constatation: Le speed dating, c'est comme le téléroman Virginie. On est content que ça finisse et on se demande ce qu'on va garder de tout ça.

Dans mon cas, c'est un blogue.

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